21-03-2019  Repenser les modèles agricoles dans le grand Ouest ?

Allons-nous vers la fin d’un modèle ? Voilà une question bien légitime que se pose le secteur agroalimentaire. Des nouvelles exigences des consommateurs à la révolution numérique en passant par la mutation du modèle économique agricole et les discussions en cours sur la PAC, ce secteur est plus que jamais bousculé. Quels impacts pour la réalité du terrain ? Allons-nous vers « un mieux » ? Faut-il repenser nos modèles agricoles ? Qu’en est-il, notamment, du territoire Grand Ouest ? (Bretagne)

 

 Un territoire bousculé par des enjeux sociétaux multiples

Le paradoxe français, c’est celui d’un pays résolument agricole de par son histoire et sa configuration géographique, avec des performances agro-industrielles indéniables et une reconnaissance internationale de premier rang en terme de savoir-faire…. et pourtant un agriculteur sur quatre vit sous le seuil de pauvreté et les défis environnementaux et économiques des filières sont nombreux. Au cœur de ces mutations réside l’exigence du consommateur, de plus en plus regardant sur ce qui se trouve dans son assiette, mais surtout, sur la manière dont les aliments sont produits et distribués.

 

La montée en puissance des questionnements autour du bien-être animal et du modèle d’agriculture intensive, la tendance forte à une baisse de la consommation de viande (ces 10 dernières années, la consommation de viande a chuté de 12%- Etude Credoc), la part grandissante de consommateurs se déclarant végétarien ou vegan, le non-renouvellement des agriculteurs qui partent à la retraite, l'internationalisation des marchés et l’éloignement de la Bretagne des centres de consommation sont autant de mouvements qui viennent bousculer les modèles actuels dans le Grand Ouest et interpeller citoyens et consommateurs via notamment l’accélération de l’information et des débats propres aux réseaux sociaux.

 

Cette évolution rejoint une volonté généralisée de « mieux se nourrir » : les Français adaptent de plus en plus leur repas pour des raisons environnementales, sanitaires ou médicales. Pour preuve, le doublement du bio en 5 ans ( 81% des Français déclarent acheter aujourd’hui du bio dont 34% au moins une fois par semaine - Etude Opinion Way) ou encore la demande forte d’achats en circuits courts et l’augmentation des regroupements de producteurs ou de consommateurs au sein de supermarchés coopératifs et participatifs.

Autrefois dans « l’indifférence », les pratiques des professionnels de l’agroalimentaire sont aujourd’hui scrutées au peigne fin et interrogent l’ensemble des acteurs des filières, de l’agriculteur à la grande distribution sur le modèle de demain…

 

Faut-il repenser les filières et les dynamiques territoriales ?

Les agriculteurs se trouvent au centre des enjeux climatiques qui touchent le secteur. Des actions doivent être menées en faveur du maintien de la biodiversité ou de la baisse d’utilisation de produits phytosanitaires jugés trop agressifs. Il n’est pas certain néanmoins que la culture d’une logique de conflits agriculteurs / consommateurs soit très saine pour l’avenir.

 

La question est : quel type d’alimentation souhaitons-nous demain ? : une alimentation issue des terroirs et d’une agriculture raisonnée ? Ou une alimentation de type 2.0 fabriquée dans des usines sans producteurs/ sans paysans sur la base de procédés chimiques nouveaux ?

 

Quel modèle veut-on pour nos territoires ? Une préservation des terroirs et des productions de qualité avec des savoir-faire reconnus contribuant largement au dynamisme économique rural ? Ou prenons-nous le risque d’aller vers une désertification accentuée d’un certain nombre de territoires où l’agriculture et l’agroalimentaire constituent les sources principales de l’activité économique et du lien social ?

 

Construire ensemble la filière et les territoires de demain !

La mise en place de débat et de dialogue entre tous les acteurs des filières est un des principaux leviers pour accompagner la mutation des modèles parce que les enjeux du secteur ne pourront être réglés par un seul acteur:

  • Il s’agit de sujets transverses qui impliquent que chacun prenne sa part de responsabilité pour faire évoluer les pratiques.
  • Ils impliquent des arbitrages économiques majeurs : Qui est prêt à accepter la baisse de volume au profit de la valeur ? Sur qui devront peser les besoins d’investissements ? Quel surcoût le consommateur est-il prêt à accepter ?

 

Ce qui est en jeu, c’est d’une part, la mutation du modèle agricole vers un nouveau modèle répondant aux évolutions sociétales et aux aspirations des citoyens consommateurs ; et d’autre part, la mutation du modèle agricole vers un meilleur et juste partage de la valeur,et en premier lieu, vis-à-vis des producteurs.

 

Dans ce contexte, la concertation avec les parties prenantes constitue un levier considérable pour avancer ensemble à un niveau stratégique et non purement opérationnel. Elle implique une méthodologie de dialogue, un cadre structuré de discussion et des conditions optimales pour trouver des consensus.

 

Ce dialogue a vocation a inventé de nouveaux modes de relations avec les consommateurs, dans la lignée d’initiatives telles que la démarche de Nicolas Chabanne et sa marque « C’est qui le patron? ».

 

Les process d’un nouveau type de dialogue sont eux-aussi en pleine mutation et tout est encore à imaginer et co-construire au sein des filières pour faire émerger, du dialogue, des actions opérationnelles concrètes au bénéfice de tous.

 

 

Marine Champon

un article à retrouver sur Linkdin : https://www.linkedin.com/pulse/repenser-les-mod%C3%A8les-agricoles-dans-le-grand-ouest-marine-champon/